Woyzeck

de Georg Büchner (1813-1837)

 

Klaus Kinski dans Woyzeck de Werner Herzog

 

Woyzeck ou l’Ébauche du vertige de Josef Nadj

Georg Büchner est mort avant d'avoir achever l'écriture de Woyzeck. Josef Nadj a creusé le texte, l'a morcelé plus encore, pour en faire surgir la voix de l'auteur et son questionnement obsédant sur la nature humaine et la marche inexorable du destin. Il a, par ailleurs, mis en relation la mort précoce de Büchner et la folie qui l'habitait à la fin de sa vie avec deux éléments clés du drame : le crime passionnel que commet le personnage de Woyzeck, et les pressions insoutenables qui s'exercent sur lui – un processus de déshumanisation qui le conduit à la folie, au meurtre.

Parmi les créations de Josef Nadj, Woyzeck ou l’Ébauche du vertige est la seule qui se fonde explicitement sur un texte dramatique. Cependant, il s’agit d’une œuvre en chantier, de « l’état d’une forme en devenir, arrêtée net par la mort de l’auteur » (Jean-Christophe Bailly). Le manuscrit laissé par Georg Büchner se compose en effet de quatre versions distinctes, quatre « ébauches » plus ou moins longues, complètes, suivies, détaillées et superposables.
Plutôt que d’isoler une version, plutôt que d’extraire arbitrairement un récit unique et linéaire de ces fragments épars, Nadj a cultivé leur inachèvement – et le caractère répétitif qui se dégage de l’ensemble. Il a creusé le texte, l’a morcelé plus encore, pour en faire surgir la « voix » de l’auteur et son questionnement obsédant sur la nature humaine et la marche inexorable du destin. Il a, par ailleurs, mis en relation la mort précoce de Büchner et la folie qui l’habitait à la fin de sa vie avec deux éléments clés du drame : le crime passionnel que commet le personnage de Woyzeck, et les pressions insoutenables qui s’exercent sur lui – un processus de déshumanisation qui le conduit à la folie, au meurtre.
Dans le Woyzeck de Nadj, la tragédie a eu lieu : en un possible écho de la guerre fratricide qui déchirait la Yougoslavie à l’époque de la création (1993-1997), sa lecture propose une vision de la décomposition qui gagne alors progressivement les corps et les esprits.
Woyzeck ou l’Ébauche du vertige est donc une pièce crue, triviale, organique, une pièce écorchée vive où règne pourtant un climat burlesque : enfermés dans un espace exigu, des êtres difformes, à la limite de l’apparence humaine, s’y livrent à des jeux cruels sur une petite musique de fête.

Myriam Bloedé

Woyzeck mis en scène par Thomas Osterneier au Festival d'Avignon, 2004

 

Woyzeck de David Bösch

Woyzeck est l’un de ces « plus humbles parmi les hommes » dont parle Georg Büchner. Pour nourrir Marie et leur enfant illégitime, il devient cobaye pour la médecine, subit les sarcasmes moralisants de son capitaine, perd celle qu’il aime, qui s’éprend d’un tambour-major autoritaire et brutal. Il entend des voix venues d’ailleurs, comme si le réel était trop étrange et trop éloigné pour qu’on puisse le questionner. La pièce, demeurée à l’état de fragments, explore la créature humaine en refusant tout déterminisme psychologique simpliste. Avares de paroles, les personnages évoluent dans un monde toujours froid où toutes les formes de relation sont corrompues. David Bösch manie librement le texte que n’a jamais achevé Büchner et en fait un scénario de science-fiction oppressant. Des images fortes, des émotions concentrées, une direction d’acteurs très libre constituent la palette de ce metteur en scène majeur. Ses mises en scène, dans lesquelles se mêlent sensualité et lucidité, témoignent d’une sensibilité aiguë du rythme et de la musique, et puisent dans le présent de la culture pop et des médias. Bösch, qui jette sur les personnages secondaires un regard chaleureux, alterne l’humour et le tragique à la profondeur des sentiments. Lorsqu’on lui demande ce qui motive avant tout son travail de mise en scène, il répond – et son Woyzeck en témoigne – « la curiosité que m’inspire les êtres humains ».

 

par la Cie Angledange

 

 

 

 

 

L'opéra d'Alban Berg

 

 

 

 

 

Compagnie Sybillines

 

 

 

 

 

 

 

retour