Woyzeck
de Georg Büchner (1813-1837) |
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Klaus Kinski dans Woyzeck de Werner Herzog
Woyzeck ou l’Ébauche du vertige de Josef Nadj Georg Büchner est mort avant d'avoir achever l'écriture de Woyzeck. Josef Nadj a creusé le texte, l'a morcelé plus encore, pour en faire surgir la voix de l'auteur et son questionnement obsédant sur la nature humaine et la marche inexorable du destin. Il a, par ailleurs, mis en relation la mort précoce de Büchner et la folie qui l'habitait à la fin de sa vie avec deux éléments clés du drame : le crime passionnel que commet le personnage de Woyzeck, et les pressions insoutenables qui s'exercent sur lui – un processus de déshumanisation qui le conduit à la folie, au meurtre. Parmi les créations de Josef Nadj, Woyzeck ou l’Ébauche du vertige est la seule qui se fonde explicitement sur un texte dramatique. Cependant, il s’agit d’une œuvre en chantier, de « l’état d’une forme en devenir, arrêtée net par la mort de l’auteur » (Jean-Christophe Bailly). Le manuscrit laissé par Georg Büchner se compose en effet de quatre versions distinctes, quatre « ébauches » plus ou moins longues, complètes, suivies, détaillées et superposables. Woyzeck mis en scène par Thomas Osterneier au Festival d'Avignon, 2004
Woyzeck de David Bösch Woyzeck est l’un de ces « plus humbles parmi les hommes » dont parle Georg Büchner. Pour nourrir Marie et leur enfant illégitime, il devient cobaye pour la médecine, subit les sarcasmes moralisants de son capitaine, perd celle qu’il aime, qui s’éprend d’un tambour-major autoritaire et brutal. Il entend des voix venues d’ailleurs, comme si le réel était trop étrange et trop éloigné pour qu’on puisse le questionner. La pièce, demeurée à l’état de fragments, explore la créature humaine en refusant tout déterminisme psychologique simpliste. Avares de paroles, les personnages évoluent dans un monde toujours froid où toutes les formes de relation sont corrompues. David Bösch manie librement le texte que n’a jamais achevé Büchner et en fait un scénario de science-fiction oppressant. Des images fortes, des émotions concentrées, une direction d’acteurs très libre constituent la palette de ce metteur en scène majeur. Ses mises en scène, dans lesquelles se mêlent sensualité et lucidité, témoignent d’une sensibilité aiguë du rythme et de la musique, et puisent dans le présent de la culture pop et des médias. Bösch, qui jette sur les personnages secondaires un regard chaleureux, alterne l’humour et le tragique à la profondeur des sentiments. Lorsqu’on lui demande ce qui motive avant tout son travail de mise en scène, il répond – et son Woyzeck en témoigne – « la curiosité que m’inspire les êtres humains ».
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L'opéra d'Alban Berg
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